Lefranc : un sexagénaire qui se porte bien !

Guy Lefranc fête ses 60 ans! C’est en effet le 21 mai 1952 que débutait dans le Journal Tintin sa  première aventure imaginée et réalisée par Jacques Martin. Le moins qu’on puisse dire est que cet anniversaire est loin de passer inaperçu, que ce soit chez votre libraire, ou sur la toile.
En librairie, outre le dernier album de la série « L’éternel Shogun », Casterman propose la réédition des 4 premiers épisodes de la série sous une couverture inédite dessinée par Régric, d’après des projets de couverture de J Martin. Il s’agit d’une édition collector unique tirée à 3.000 exemplaires par épisode  (Lefranc 1952-2012)  à l’achat desquels est offerte une plaque émaillée (pour 2 albums achetés). Les détails se trouvent ici.
Libération consacre une chronique à cet anniversaire, ainsi qu’à la parution du dernier épisode, de même que L’essentiel Online.
Génération BD  revient sur la toute récente exposition Lefranc à la galerie Petits papiers à Bruxelles et propose une interview de Régric par la même occasion, Régric que vous pouvez également entendre ici interrogé par un journaliste de la RTBF en compagnie du scénariste Robberecht (merci à Ethan du  forum de Raymond pour le lien).
Auracan évoque ce nouvel épisode de la série. Pour connaître les avis des lecteurs, rendez-vous sur le Forum de Raymond et celui de BD Gest. L’album vient par ailleurs de faire son entrée en 4ème place des meilleures ventes de BD. Remarquons en passant qu’il s’agit de la seule publication de Casterman présente dans ce top 20 hebdomadaire.
Sachez enfin que notre fringant sexagénaire, représenté ici en compagnie de la sublime Grace Kelly,  a un profil sur facebook, et qu’une page spéciale lui est aussi consacrée.
Alix Mag, a bien entendu proposé toutes les avant-premières concernant le nouvel album de Lefranc, de même qu’une longue et intéressante interview de Régric.

C’est tout, ou presque…pour l’instant !

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Lefranc : « L’éternel Shogun »

Après la reddition du Japon en 1945, suite à la Seconde Guerre Mondiale, le pays se voit occupé par les forces américaines . C’est dans ce contexte très trouble que  Lefranc  atterrit à Tokyo en vue d’ y effectuer un reportage. Très vite, il se verra embarqué, bien malgré lui, au coeur d’une lutte contre l’occupant, menée par certains milieux japonais, unis à un groupe d’anciens nazis par l’entremise de notre vieille connaissance, Axel Borg.
Voilà planté le décor de cette nouvelle aventure de Lefranc qui, sur une ligne du temps, se situe juste après « La grande menace » : l’occupation américaine a pris fin en 1952 et Lefranc a fait la connaissance de Borg dès ce premier album de la série.
A la réalisation nous avons affaire à un tandem inédit, composé d’un « ancien » et d’un « nouveau »  dans l’univers Martin: Régric au dessin, déjà auteur de « Noël noir » avec M. Jacquemart (prix Saint Michel du meilleur scénario en 2010) et Thierry Robberecht, scénariste de La Smala, entre autre. Les couleurs, excellentes, sont dues à Bruno Wesel.
Premier constat : l’album respecte parfaitement le « cahier des charges » de la série. Graphiquement, tout d’abord, avec un excellent dessin de Régric, très à l’aise avec les décors et la reprise du personnage de Borg, parfois un peu moins avec celle de Lefranc, sans que cela ne constitue un handicap à la lecture.
Narrativement ensuite, avec un scénario taillé sur mesure pour la série, sans mauvaise, mais sans bonne surprise non plus, avec des récitatifs parfois envahissants à l’excès et une fin tout à fait précipitée. L’ensemble se lit toutefois agréablement, mais on regrettera l’absence de prise de risque qui avait apporté un « plus » indéniable à « Noël noir » ou aux « Enfants du bunker ».
Ce nouveau Lefranc, par son classicisme, ne devrait donc pas décevoir les inconditionnels de la série, et ils sont nombreux, mais pourra-t-il séduire un nouveau lectorat? Là est la question et le véritable défi de tout repreneur.

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Lefranc Senior !

Après Alix Senator, voici Lefranc Senior !
Pour fêter dignement les 60 ans de son héros, Casterman annonce l’arrivée prochaine  d’une série dérivée de Lefranc, avec, ici aussi, un héros vieilli pour l’occasion, intitulée Lefranc Senior. La dernière aventure contemporaine de la série étant « La momie bleue », parue en 2007, les nouveaux auteurs (dont les noms n’ont pas encore été révélés), ont situé le cadre de cette future aventure en 2041.

Voici ce qu’en dit l’éditeur : «  Entre 2007 et 2041, les années se sont écoulées et le héros de papier a naturellement vieilli. Atteint par la limite d’âge, Lefranc se voit contraint de quitter le journal leglobe.fr pour prendre une retraite somme toute bien méritée. Il décide alors d’inaugurer sa toute nouvelle carte senior par un tour de France en TGV. Après une étape à Namur, dans le département de Wallonie, il débarque à Metz où une mystérieuse Sandrine Ritter l’invite à une réception. Il tombe très vite amoureux de celle qui s’avère être la fille de sa cousine éloignée, Sophie, et  d’Axel Borg !
Mis au courant et bien décidé à ne pas se laisser appeler « papa » par son pire ennemi, Borg conçoit un plan machiavélique pour se débarrasser de son adversaire… »
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A l’instar d’Alix Senator, plusieurs albums sont prévus pour ce qui devrait bel et bien constituer une nouvelle série à part entière : « Lefranc Senior ».

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Voyages de Jhen : « Le Mont-Saint-Michel »

La collection des Voyages de Jhen s’enrichit cette semaine d’un nouvel ouvrage consacré à l’incontournable et mythique Mont-Saint-Michel à la lecture duquel le lecteur devient spectateur de l’édification, presqu’au quotidien, de cette merveille absolue qui, comme l’écrit très justement dans la préface le Maire du rocher, Eric Vannier, éveille notre propre condition et invite au dépassement.
Jacques Martin avait depuis longtemps souhaité la parution d’un tel album qui retracerait toutes les étapes de l’édification du Mont-Saint-Michel, déjà théâtre de l’intrigue du deuxième  épisode de la série Lefranc : « L’ouragan de feu » (textes et dessins de J Martin) dont est extraite la vignette ci-dessous.
Nous retrouvons ici  à la réalisation un habitué de cette collection dédiée au Moyen Âge, le très talentueux Yves Plateau, à qui l’on doit déjà Paris 1 et 2, Le Haut-Koenigsbourg et plus récemment L’abbaye de Villers.
Grâce à une partie didactique captivante et des représentations graphiques exceptionnelles, ce nouveau Voyage de Jhen,  se révèle sans doute le plus abouti de la série.

N’hésitez pas à parcourir le blog d’Yves Plateau, histoire de vous mettre l’eau à la bouche, et à  lire son interview sur Alix Mag.

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L’Ombre des Cathares

La sortie d’une nouvelle aventure de Jhen est toujours un événement pour les amateurs de BD médiévale, et pour les admirateurs de Jacques Martin. Avec la sortie de « l’Ombre des Cathares »,  je pense qu’ils ne seront pas déçus car cet album  offre deux bonnes surprises.  Tout d’abord, il permet de retrouver un Jean Pleyers en pleine forme. Son graphisme reste en effet totalement fidèle au style des premiers récits, et  le lecteur a le sentiment de bien reconnaître ses personnages.

L’autre bonne nouvelle, c’est que le scénariste reprend la suite de la saga de Gilles de Rais. Avouons-le, les meilleurs récits de Jhen se sont toujours organisés autour de la personnalité inquiétante du connétable (que Jacques Martin voyait d’ailleurs comme le principal personnage de la série). C’est ainsi qu’au début de l’histoire, nous retrouvons le grand seigneur qui est à nouveau hanté par les remords et les fantômes de ses victimes. Il n’est plus que l’ombre de lui-même et il doit purifier son âme par un acte de dévotion. Un pèlerinage s’impose et Jhen lui propose de se rendre à Conques, pour y prier devant les ossements de Sainte Foy. Le seigneur déchu pourra y bénéficier des effets miraculeux de la relique et le récit démarre ainsi comme la chronique presque ordinaire d’un pèlerinage.  Le voyage des personnages permet de visiter en passant Poitiers, Aurillac, Conques et Albi, et Pleyers représente à chaque fois ces villes médiévales avec un grand luxe de détails.

Estimant peut être qu’une telle intrigue serait trop simple, le scénariste introduit une autre aventure dès la moitié de son récit. Dans l’abbatiale de Conques, Gilles de Rais guérit rapidement de ses démons, mais les pèlerins doivent alors affronter les derniers survivants de la religion cathare. Un moine informe Jhen que les hérétiques possèdent le vase du Saint-Graal et les deux compères entament une deuxième quête, plus dangereuse mais aussi plus improbable. Il me semble que le récit perd dès lors sa rigueur initiale. L’aventure devient plus fantaisiste, tandis que les lieux semblent moins précis et que certains personnages réapparaissent de façon surprenante. L’histoire avance par ailleurs rapidement, et elle me semble manquer un peu de « chair », je veux dire par là de ces petits détails qui donnent au lecteur l’envie de s’identifier à un personnage. De plus, certaines ellipses ne permettent pas de bien suivre la  logique des événements. C’est ainsi que je me demande encore comment Jhen, qui s’enfonce avec Gilles de Rais dans les profondeurs d’une caverne, se retrouve brusquement au sommet d’un château fort, pour y affronter ses adversaires.

Sinon, il faut remarquer que le dessin de Jean Pleyers  continue d’évoluer. Le dessinateur a définitivement abandonné le carcan des quatre bandes par page, et les vignettes y gagnent un agrandissement bienvenu. La séquence d’image devient plus laconique, car il y a moins de cases intermédiaires, et la grande taille des dessins met bien en valeur le style expressionniste de l’illustrateur. Cela permet aussi d’apprécier la finesse de certains décors, de même que les détails pittoresques que Pleyers adore insérer au sein de ses vignettes. L’image ci-dessous montre par exemple l’arrivée de Jhen et Gilles de Rais à Albi, et elle prouve mieux qu’un long discours le plaisir de dessiner qui anime son auteur.

La fin de l’aventure fait intervenir des forces surnaturelles, mais elle reste assez conforme aux conventions de ce genre de récit. Comme on pouvait s’y attendre,  le Saint-Graal garde finalement tout son mystère.

Au total, l’intrigue de « l’Ombre des cathares » peut susciter quelques réserves, mais c’est un album qui retrouve pleinement le style et les personnages de la série. Il est magnifiquement dessiné et il m’apparait être le meilleur de ces dix dernières années. Il faut espérer que les auteurs continueront dans cette voie pendant les années à venir.

Visuels : ©Casterman/Martin-Pleyers-Payen

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